Décalage dû à l’heure d’été, rythme du train-train quotidien, manque de sommeil, ou préoccupation à cause du pouvoir d’achat en berne, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai quelque peu délaissé mon blog. Que l’on me donne des branches de rosiers que je me flagelle sur le champ ! Mea culpa. Humm, étrange, je sens comme une odeur de sainteté dans ce post…
A l’heure où il est difficile de voir la lumière au bout du tunnel, certains se raccrochent à Dieu. L’art, avant les révolutions picturales, étaient, grossièrement, réparti entre des thèmes mythologique, religieux ou franchement ostentatoire. Même si aujourd’hui l’aspect ostentatoire a encore la part belle (“N’est-il pas mâg-nifique mon Morel ? Comment çâ vous ne connaissez pâs ?? Mais si, c’est un ârtiste foormidaable qui commence à avoir une cote incroyâble !!”), que la mythologie moderne (violence, problème sociaux, avenir de la planète, etc.) remplace la mythologie antique, qu’en est-il de la religion dans l’art ? A l’heure où on ne peut parler de rien sans se faire montrer du doigt, est-ce que l’art peut parler de la religion avec d’autres mots que ceux du sacré, loin des bondieuseries de notre enfance ?
Pierre et Gilles, Saint-Sébastien, 1987, 69 x 54 cm, coll. Walter Haas, Zurich.
Je ne vous en ai pas encore parlé (comment ai-je puuuu commettre cet irréparable oubli !?), mais ceux qui excellent quand il s’agit de créer autour de la religion catholique, ceux qui auraient fait virer de bord le pape tant leurs images sont sensuelles, ceux qui auraient fait renoncer bien des prêtres à leur vie monacale, j’ai nommé : Pierre et Gilles. Pierre et Gilles travaillent ensemble depuis les années 70. L’un est photographe, l’autre peint par-dessus les clichés (pour le reste, j’en parlerai dans un billet spécialement consacré à mes deux chouchous préférés que j’adore plus que tout). Parmi leurs thèmes de prédilection : les saints. Leur Saint-Sébastien n’est-il pas outrageusement sensuel ? Favori de l’empereur Dioclétien, comme eut été François d’O mignon d’Henri III, il était capitaine et chrétien en secret. On sent dans cette image la ferveur du croyant regardant au ciel, vers Dieu… mais aussi un corps abandonné au regard de l’autre…
Interprétation personnelle ? Peut-être. Il est vrai que La descente de croix de Pierre Paul Rubens (partie du tryptique qui se trouve à la cathédrale d’Anvers) que j’ai étudié à plusieurs reprise durant mon cursus m’a toujours ému par la beauté incroyable et sculpturale de son Christ (exercice de style de l’artiste ? Canon de beauté de l’époque ?)…
Finalement, je plaide non coupable ! Connaissant un peu l’oeuvre de ces artistes, il est franchement difficile d’imaginer un seul instant que cela n’était pas intentionnel de leur part. A moins qu’il s’agisse là d’un message sublime et subliminale totalement inconscient… Mouais… Hypothèse qui ne tient pas la route (on le verra à travers leur oeuvre très bîentôt !).
Bettina Rheims, La Vierge et le Christ mort, 1997, série I.N.RI., 154 x 125 cm, Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris.
Il y a ceux, ou plutôt celle, qui veulent, sans arrière-pensées s’entend, juste actualiser l’imagerie religieuse. Juste pour l’adapater à notre ère, à notre culture d’aujourd’hui. Tel était le but de l’oeuvre de Bettina Rheims, soeur de l’écrivain émérite Nathalie Rheims. Avec sa série de photo intitulée I.N.R.I. (nb : “Iesus Nazarenus Rex Iudæorum”, c’est-à-dire “Jésus de Nazareth, roi des juifs”), l’artiste déchaîne les foudres de l’Eglise. Pourtant, même si quelques clichés peuvent choquer, fondamentalement ils ne sont pas censés déranger plus que ça : il faudrait fermer bien des musées si la nudité était un péché… Et des églises aussi par la même occasion ! Si un fervent détracteur a réussi à interdire de librairie à Bordeaux le livre regroupant ces fameuses oeuvres, le malin n’aura pas pensé un seul instant que l’événement ferait le succès de Bettina Rheims. Cette série fera exploser sa popularité : et toc !
On l’avait déjà vu avec Andres Serrano : toucher à la religion est encore un exercice risqué aujourd’hui. A moins que ça ne soit le fond qui fasse la bonne morale. Je m’explique : Pierre et Gilles, artistes gays (bien sûr artistes avant tout, mais ce n’est pas ce que je veux soulever ici), transforment des hommes en saints le temps d’une photo, souvent ouvertement sensuelle voir sexuelle (je pense à La tentation de Saint-Antoine incarné par Aiden Shaw, ex-acteur porno qui ne cache rien de l’expression turgescente de la terrible tentation charnelle du saint… ), mais cela ne les empêche pas le moins du monde d’être acceptés voir acclamés par la critique et l’opinion publique… Pourquoi ? Parce que ce sont des hommes (ahh chienne de garde sort de ce corps !) ? Parce que leurs images que d’aucuns aiment qualifier de kitsch font référence à une imagerie existante (images de saints colorées d’Inde, image bonne enfant des années 50) ? Parce que décrétés artistes à la mode donc intouchables ? J’ai du mal à voir la différence avec Bettina Rheims ; certes chez elle il y a une proximité plus abrupte, plus crue, sans paillettes ni fleurs à gogo… Les détenteurs de la morale chrétienne, des hommes, auraient-ils vu une menace en cette femme ? Il est vrai qu’Andres Serrano a été mal accueilli aussi… du moins aux Etats-Unis, bastion ultra-radical de la religion catholique…
Beaucoup de questions sans réponse autour d’un sujet passionnant… Vers qui se tourner pour avoir les réponses ? La sociologie, l’anthropologie… ou la raison divine ?