Autumn Rhythm (Number 30), 1950, huile et émail sur toile, 266,7 cm x 525,8 cm, Moma, New York.
Après le monumental Malevitch, abordons le grand Pollock. “Nous passons de l’abstraction à l’abstraction”, me direz-vous. Oui, justement parce que toutes les formes d’abstraction ne se ressemblent pas.
Avec Duchamp, seule l’idée comptait. Avec le suprématisme de Malevitch, le geste de l’artiste commence à prévaloir sur le sujet du tableau lui-même. Mais là où Malevitch mettait du vide, Pollock célèbrera le plein. Explications.
Jackson Pollock est né en 1912 aux Etats-Unis. Il fait des études à l’Art Students League de New York et sa première exposition personnelle a lieu en 1938. Une première expo à 26 ans ?! Et ben, il n’a pas traîné le petit ! Sauf qu’à l’époque, son oeuvre n’a rien à voir avec les toiles abstraites des années 40-50. En effet, ses premières toiles étaient composées de figures et d’animaux peints de manière cubiste ou surréaliste. Alors comment diable est-il passé d’une peinture “classique” à l’hérésie de l’abstraction ?
En s’intéressant d’un peu plus près aux surréalistes – qui ont littéralement ouvert les portes de l’art à l’inconscient en mettant en avant le sens caché des images et en transformant l’acté créateur en “automatisme psychique pur” –, il découvre l’oeuvre d’André Masson. Et là, c’est la révélation. Masson, dans les années 20, a recours à l’écriture automatique. Le but : laisser libre cours à l’inconscient. Pollock s’inspire de ce précepte révolutionnaire qu’il associe aux dessins des Indiens d’Amérique du Nord.
Il décide alors de mettre la toile au sol, sans châssis, et il peint en laissant s’exprimer l’énergie de son être, sans retenue. Il se promène autour de la toile en laissant couler de la peinture, se laissant guider par son intuition, ses pulsions, presque dans un état second. Dernier rempart à l’expression de cette énergie : le pinceau. Pollock le supprime au profit d’une technique plus libre. La peinture est jetée sur la toile. Le pinceau, susceptible de faire barrage, n’est plus le médium entre l’esprit de l’artiste et sa main. L’inconscient s’exprime à travers le geste de l’artiste, utilisant la peinture comme outil.
Pollock et la technique du “dripping“.
D’un point de vue pratique, Pollock laisse couler la peinture d’un bâton ou d’un pot de peinture troué – technique appelée “dripping“. Autre particularité : sa peinture, qu’il qualifie comme un “état de l’être”, occupe toute la toile. C’est ce que l’on appelle le “all-over“.
Avec Jackson Pollock, peindre devient désormais action (d’où les mots “action painting” pour désigner son art). L’oeuvre ainsi créée n’est plus le résultat d’une réflexion ou d’un savoir-faire, mais bien de l’état d’âme de l’artiste à un instant T, l’instant même où il peint, où il laisse un geste jeter la peinture sur la toile.
Pollock a été la figure de proue de l’expressionnisme abstrait. Il a inventé une nouvelle façon de peindre, mettant en exergue l’acte de peindre et la pulsion créatrice de l’inconscient. Ces sortes de “transes” dans lesquelles l’artiste était plongé lorsqu’il peignait n’a pas seulement à voir avec le mystique. Malheureusement, l’artiste avait un goût très prononcé pour la bouteille – les premiers surréalistes créaient d’ailleurs sous l’emprise de drogues, de la faim ou de l’alcool.
L’artiste, qui connu un très grand succès de son vivant notamment grâce au soutien de sa femme, Lee Krasner, et de Peggy Guggenheim, mourra en 1956 dans un accident de voiture. Les conditions tragiques de son décès finissent de faire de Pollock un mythe.
Du surréalisme au “dripping” de Pollock, il n’y a donc qu’un pas. Qui l’eût cru… L’art est finalement comme l’Histoire : une suite presque logique, un enchevêtrement de faits, de rencontres d’êtres humains mus par une même envie de changement. Pour résumer de manière grotesque, on pourrait dire que sans Léonard de Vinci, il n’y aurait pas eu de Picasso !
L’art est ainsi pour moi la plus pure expression du désir de conquête de l’inconnu par l’homme et de l’envie de se surpasser. Cela prend tout son sens dans l’avènement de l’abstraction.
“L’artiste, qui connu un très grand succès de son vivant notamment grâce au soutien de sa femme Peggy Guggenheim…”
Sa femme n’était pas Peggy Guggenheim mais Lee Krasner.
Merci d’avoir souligné cette petite erreur… Un lapsus peut-être de ma part ? J’espère néanmoins que le reste vous a plu. Merci pour votre franchise et à bientôt je l’espère !
Bravo, je suis “tombé” ICI par erreur… et j’arrive plus à en sortir tellement c’est riche, sensible et intelligent = UN PUR RÉGAL = MERCI
Merci beaucoup Simon pour votre enthousiasme !
Un peu coincée par le temps je délaisse malheureusement mon blog que j’espère alimenter avec un nouveau billet bientôt!
Merci pour votre visite et @ bientôt pour de nouveaux posts !