Ces deux édifices, je les aime, je les vénère même, pour ce qu’ils ont dans le ventre – les plus belles oeuvres du XXe et du XXIe siècle – et pour ce qu’ils sont : deux monuments de l’architecture du XXe siècle. Mais du premier, j’en parlerai lors d’un autre billet !
Je voudrais aujourd’hui vous parler du plus beau des plus merveilleux des plus fantastiques musées, j’ai nommé trrrrrrr (roulements de tambours) : le Musée Guggenheim de Bilbao !!
Si je l’aime tant, c’est, comme vous le savez maintenant, parce que j’y ai vécu ma première expérience artistico-sensorielle. Mais pas que. C’est aussi à mes yeux un véritable bijou d’architecture. Surtout quand on regarde la ville qui l’entoure…
Le pari était vraiment audacieux. 1988 : Thomas Krens, directeur de la Solomon R. Guggenheim Foundation, commence sa recherche pour installer un nouveau musée. Après un projet d’agrandissement du Guggenheim de Venise difficile à mettre en place et celui d’une installation en Autriche à Salzbourg avorté, la fondation trouve enfin LE lieu pour un nouveau musée d’art contemporain : Bilbao. Nous sommes en 1991. Alors on se dit, mais pourquoi Bilbao ? Pourquoi pas Barcelone ou Madrid ou Séville, Tolède ?? Pourquoi Bilbao avec sa façade de cité industrielle grise et triste, en plein déclin économique ? Parce que les autorités locales ont tout mis en oeuvre pour que cette proposition devienne réalité. Désireuses de profondément transformer le visage urbain et culturel de la ville, ils ont convaincu Thomas Krens.
Le nouveau musée sera capable de véhiculer l’identité de la ville, d’en être sa signature. Qu’à cela ne tienne, le pari était relevé ! Pour cela, il fallait une architecture époustouflante, afin de faire oublier le passé “indus’ “ de la ville, avec l’acier et les chantiers navals. En choisissant Franck O. Gehry, l’avenir de Bilbao était tracé.
C’est au centre de la ville, sur la rive gauche du fleuve Nervión, que l’architecte décide de construire l’édifice. En 1997, le musée ouvre ses portes. Le bâtiment couvre 24 000 m2 – dont plus de 10 000, répartis sur trois niveaux, consacrés aux expositions –, fait 130 mètre de long et 30 de large. Il a des allures de cathédrale moderne avec ces dimensions de colosse. Des vagues courent sur les façades, différents blocs se détachent et se répondent, recouverts de feuilles de titane, telles des écailles d’un poisson géant, échoué sur les bords du fleuve. C’est lorsque le soleil décline, entre chien et loup, que le bâtiment se révèle et prend des allures de joyau : les derniers rayons se reflètent sur toute la surface du Guggenheim, et il devient alors aérien, comme sorti d’un songe.
Le Guggenheim de Bilbao, c’est tout simplement une perle d’une rare beauté au milieu d’une ville grise et polluée… Mais aujourd’hui, la cité indus’ est devenue papillon et connaît un succès incroyable. Redynamisée, la ville fait désormais corps avec son musée.
Enfin, on le sait, les mots ne suffisent pas toujours. Je pourrais en écrire des pages (ce que j’ai fais d’ailleurs un peu), et vous parler des oeuvres qui entourent le musée : “Puppy”, l’immense chien fait de fleurs du scandaleux Jeff Koons ; la terrible araignée de l’extraordinaire Louise Bourgeois ; le point d’eau artificiel qui longe un côté du bâtiment et d’où émanent des fumigènes, transformant le musée en édifice fantomatique à la tombée de la nuit… Je pourrais aussi vous parler de la lumière qui est omniprésente lorsqu’on se trouve à l’intérieur du bâtiment, pourtant si imprenable de dehors ; je pourrais vous dire la beauté des oeuvres exposées à la lumière naturelle, la multiplicité des espaces et des proportions… Mais aucune description ne saurait remplacer l’émotion qui vous étreint en allant à la rencontre de ce vaisseau de titane.
Alors je me tais, et je vous laisser rêver…
