En fait, je n’avais pas tout à fait fini l’histoire de la Fontaine de Duchamp. Je disais donc que tous les ready-mades de l’artiste ont été égarés, détériorés, bref, tous ceux que vous pourraient voir dans les musées sont des REPRODUCTIONS. L’urinoir ne déroge pas à la règle.
En 1993, alors que l’oeuvre est exposée au Carré d’art de Nîmes, un certain Pierre Pinoncelli, artiste contemporain français pour les uns, simple empêcheur de tourner en rond pour d’autres, urine dedans, rendant finalement sa fonction originelle à l’objet, et lui donne un coup de marteau, endommageant un peu l’oeuvre. Il est alors condamné à un mois de prison avec sursis et 286 000 francs de dommages et intérêts. Pour sa défense, il avait déclaré que son acte avait été réalisé dans le but “d’achever l’œuvre de Duchamp, en attente d’une réponse depuis plus de quatre-vingts ans, un urinoir dans un musée doit forcément s’attendre à ce que quelqu’un urine dedans un jour, en réponse à la provocation inhérente à la présentation de ce genre d’objet trivial dans un musée [...]. L’appel à l’urine est en effet contenu ipso facto – et ce dans le concept même de l’œuvre – dans l’objet, vu son état d’urinoir. L’urine fait partie de l’œuvre et en est l’une des composantes [...]. Y uriner termine l’œuvre et lui donne sa pleine qualification. [...] On devrait pouvoir se servir d’un Rembrandt comme planche à repasser (NB : l’artiste cite ici Duchamp.) “.
Treize années plus tard, une exposition Dada a lieu au Centre Pompidou. Et v’là t’y pas que le Pinoncelli s’invite et réitère son geste, sans toutefois uriner. Il s’empare d’un petit marteau et ébrèche la céramique de l’urinoir et la signe en écrivant “Dada”, ce qui était fort à propos pour l’exposition qui avait lieu. Mais là, ça rigole plus. En première instance, Pierre Pinoncelli est condamné à verser la somme de 214 000 € (euh EUROS, pas FRANCS) de dommages et intérêts au Centre Pompidou, plus trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. L’addition est très très salée tout de même… Il fait appel, en vain… Et là on se dit que la condamnation ressemble à celle d’un alcoolique récidiviste pris en flagrant délit de conduite en état d’ivresse, à un truand. Ben non, il fait juste du happening. D’accord, l’oeuvre est évaluée à 2,8 millions d’euros… d’un point de vue artistique. En effet, rappelons que l’oeuvre est une reproduction, je dirai même plus, une des huit reproductions faites de l’urinoir sous la direction de Duchamp en personne, certes, mais tout de même… Chez un quincailler, ça coûte 80 euros.
Alors pour Duchamp, la condamnation aurait sans doute déclenché une sacrée avalanche d’articles. Pour celui pour qui l’idée compte et l’objet finalement très peu, le geste de Pinoncelli méritait plutôt les hommages… Mais la justice n’a que faire de l’art… ou préfère donner raison à une institution qu’à un artiste seul face à ce monstre et, finalement, très incompris.
Dur-dur d’être un artiste qui fait de l’art corps et âme, un art qui ne s’achète, ni ne se vend, un art du poète. Pierrot, Marcel te remercie !
Elle voulait le faire
Ce n’était pas une mince affaire
Elle en rêvait
Et enfin elle l’a fait
Elle écrit !!!!!!!
Voici un avant-goût fort pormetteur de Miss Wonder Kiki qui prend enfin la plume (plus précisément le clavier) et nous livre timidement sa prose qui j’en suis sûre s’affirmera dans toute sa splendeur.
J’avoue prendre un très grand plaisir à lire le blog, et non je ne dis pas cela parce que l’auteur est une grande amie, mais parce que c’est VRAI !
je suis très très impatiente de lire la suite !
MUXU !!!